Des classements (PISA, TIMMS)… Pour quoi faire?

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Les dernières semaines de 2016 ont vu proclamer les résultats d’enquêtes qui ont fait grand bruit dans le secteur de l’éducation: l’enquête PISA menée par l’OCDE, et l’enquête TIMSS 2015. Par ailleurs le World Economic Forum (qui se tient en ce moment à Davos) a publié en décembre les résultats de son rapport global sur l’information et la technologie 2016 (Global Information and Technology report) au même moment. Chaque parution a donné lieu à des publications célébratoires ou catastrophistes selon les cas. Certains reprennent l’antienne de la baisse inexorable du niveau quand d’autres essaient de tirer des enseignements plus mesurés. Que faut-il penser de ces classements ? Comment faut-il les lire ? Quelles conséquences pour ceux élèves, parents ou enseignants, dont l’éducation est le quotidien?

 

Que mesurent les classements ?

L’enquête PISA (Programme for International Students Assessment) effectuée par l’OCDE tous les trois ans depuis l’an 2000 mesure les compétences et les connaissances d’un échantillon de jeunes de 15 ans dans 65 pays. Sont testées, à partir d’un questionnaire, leur capacité de compréhension de l’écrit, de compréhension mathématique et scientifique . L’enquête TIMSS est effectuée tous les quatre ans depuis 1995, elle est coordonnée par le centre de recherche sur l’éducation de l’université de Boston, sur une soixantaine de pays. Les élèves de 4ème niveau et du 8ème niveau sont testés sur leur connaissances en sciences et en mathématiques. L’étude mêle une partie quantitative, avec un test sur un échantillon d’élèves représentatifs (600 000 élèves ont été sondés au total) et une partie qualitative, les responsables de l’étude demandant aux ministères, aux établissements des pays concernés un certain nombre d’éléments… L’étude du World Economic Forum est une enquête sur les dirigeants d’entreprises et leur perception des défis des domaines de l’information et des technologie et s’intéressent à ce titre, dans une sous-partie de leur rapport à la formation des élèves et des étudiants aux sciences et techniques.

Les pays d’Afrique ne se distinguent pas par leur empressement à participer à ces études. En 2015 l’Algérie et la Tunisie ont été les seuls pays africains à participer à l’enquête PISA. Pour l’édition 2015 de l’étude TIMSS les seuls pays africains du panel étudié étaient le Maroc, le Botswana et l’Afrique du Sud. https://timssandpirls.bc.edu/latest-news/timss-2015-release-marks-20-years-of-trends.html

Les résultats ont mis en évidence des performances plus que médiocres des élèves sud-africains dans les deux études, ce qui a suscité des commentaires indignés dans la presse locale. L’attitude de la ministre de l’éducation qui a salué une progression plutôt que de s’inquiéter de la position en toute fin du peloton des élèves sud-africaines a été très critiquée notamment ici et ici. Les détracteurs ont fait valoir que dans un monde où la croissance espérée viendrait des technologies et de l’innovation, le mauvais niveau des élèves sud-africains laisse mal présager de leur avenir, les privant de possibilités d’emploi. On peut comprendre l’inquiétude de certains observateurs reconnus du monde de l’éducation (et pas seulement en Afrique), mais il faut quand même reconnaître aux rares pays africains qui se prêtent au jeu qu’au moins, ils participent.

Je ne souhaite pas ici recycler la maxime olympienne attribuée à Pierre de Coubertin (“l’essentiel c’est de participer”), mais au moins la volonté de mesurer les résultats des élèves et d’avoir une idée de l’évolution des connaissances en sciences (Le centre de recherche sur l’éducation de Boston University réalise aussi une étude sur la compréhension écrite) montre que le sujet est pris au sérieux. C’est aux spécialistes de l’éducation de commenter par où les différents systèmes pèchent et les solutions envisageables, car finalement ces classements sont des instruments pour piloter les politiques publiques, et non pour le grand public. Ce n’est pas l’objet.

Que peuvent en faire les parents et les membres de la communauté éducative?

En tant que parents d’enfants scolarisés, les résultats peuvent alarmer sur la qualité des apprentissages de nos enfants, mais quels leviers avons nous? Dans nombre de pays, les programmes sont conçus et décidés par les autorités compétentes, et les écoles privées qui veulent recevoir des financements public ou simplement une accréditation ministérielle pour pouvoir fonctionner doivent remplir des conditions dictées par les autorités. Le niveau des examens sanctionnant les fins de cycles d’études est aussi prescrit par les autorités. Le constat de la baisse du niveau en maths et dans les matières scientifiques peut conduire à souhaiter un renforcement de ces enseignements dans les écoles, mais l’inertie inhérente aux administrations (sauf dans des états du style Singapour, Taïwan ou Hong Kong) ne permet pas d’espérer de modification notable pendant la durée de la scolarité de nos chers petits.

En tant que parent, il faut à la fois encourager au niveau de l’établissement scolaire de ses enfants le renforcement des enseignements scientifiques, mais il est également nécessaire de motiver les enfants à s’intéresser à ces matières et à persévérer. Prendre sur le temps libre pour explorer autrement les sciences? Grâce à Internet, ceux qui n’ont pas accès à des musées des sciences ou des expositions peuvent avoir accès à un certain nombre de sites, souvent créés par des professeurs et des scientifiques qui rendent les sciences compréhensibles et ludiques. L’étude TIMSS montre en effet que les élèves décrochent entre la quatrième année et la huitième année de scolarité. Mais ce ne sont pas les parents qui décident du recrutement des professeurs ni de leur niveau de formation. Dans certains pays, le niveau en sciences et en mathématiques des enseignants eux-mêmes peut expliquer le déficit de maîtrise de ces disciplines par les élèves!

Certains parents qui en ont les moyens vont pouvoir choisir les établissements où scolariser leurs enfants pour favoriser de “bons enseignements”. Les heures d’enseignements et la qualification des enseignants sont certes de bons indicateurs, mais les méthodes pédagogiques ne sont pas à négliger non plus!

Vous êtes parent ou enseignant, ou même étudiant, que pensez-vous des classements internationaux? Changent-ils la façon dont vous voyez l’éducation dans votre pays? Changent-ils votre rapport à l’enseignement ? Etes-vous impliqué dans un mouvement qui essaie d’agir localement pour améliorer la connaissance des sciences? Racontez nous!

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